192 COMPAGNONS DE PLONGEE
principe, aucun règlement ne limite le nombre des animaux qu’ils tuent pour
leur graisse, leur viande et leur peau. Les morses sont indispensables à la
vie des Eskimos, mais les habitants de Saint-Laurent ont eux-mêmes fixé le
maximum des animaux tués chaque saison à quatre par bateau.
Environ 10 000 à 12 000 animaux sont mis à mort chaque année par
les habitants de l’Alaska et de la Sibérie, pour répondre à leurs besoins.
Mais il se produit un fait nouveau : 3 500 morses sont tués tous les ans,
maintenant, par les chasseurs de trophées. Si ce chiffre augmentait, le sort de
ces animaux serait de nouveau remis en question, simplement pour satisfaire
la vanité de quelques riches touristes.
Les chasseurs de trophées n’ont le droit d’attaquer que les mâles. Ils
doivent payer 100 dollars par animal abattu, et ils sont obligés de prendre
un guide, ce qui fournit un revenu appréciable aux Eskimos.
Les grands mâles ne sont pas considérés comme dangereux. Par contre,
les jeunes mâles sont très agressifs. Ils attaquent, sans provocation, les bateaux
et les hommes. Ce sont eux que les Eskimos craignent le plus.
Après eux, les plus redoutables sont les mères avec leur petit. Dans la
seule flottille de Gambell il y a eu, cette année-là, six à huit bateaux attaqués
par des femelles irritées.
Autrefois, cette agressivité des morses était catastrophique et causait de
nombreux accidents mortels, mais désormais, les Eskimos ont des fusils, et
ils savent fort bien s’en servir. Ils sont capables de stopper d’une balle bien
placée un morse qui charge. C’est ce qu’a fait le guide Vemon avec beaucoup
de sang-froid, pour éviter à nos camarades un bain peut-être tragique.
Une chose, du moins, est sûre : s’il n’est pas sûr que les défenses ne
servent pas à déterrer la nourriture au fond de l’eau, ce sont en tout cas
des armes dont les morses savent fort bien se servir, par exemple pour
déchirer les oumiaks.
Ce sont aussi des piolets et ils les utilisent d’une manière bien précise :
pour sortir de l’eau et monter sur la glace qui est parfois assez haute au-dessus
de la surface.
Nous les avons vus, d’un violent coup de tête, planter leurs défenses
sur le bord et tirer. Ils se hissent, alors, à grands coups de leurs nageoires
inférieures. Ils propulsent en avant leur masse de chair qui, hors de l’eau,
n’est plus qu’un tas pesant et plus flasque que le corps de l’éléphant de mer.
Bien souvent nous avons rencontré et même photographié des morses
qui ne possédaient plus qu’une seule défense ou bien une défense cassée à
mi-longueur. Il est vraisemblable que ces accidents sont dus à des chocs
contre la glace plutôt qu’à des combats. Mais nous ne savons pas tout sur
les morses, qui restent des animaux énigmatiques.
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