DANS LA MER DE BERING 169
Les îles Aléoutiennes sont désertes. Le pays est merveilleux. D’innombrables
animaux vivent en liberté tout au long de ce chapelet de rochers déserts.
Dans la mer, les algues sont immenses : ce sont les kelps dont les stipes*
sont gros comme le bras, et qui peuvent mesurer 50 mètres de long.
Malheureusement, toute cette masse végétale au milieu de laquelle
nous naviguons, nous cause quelques ennuis : les kelps se prennent dans
les hélices, et les plongeurs doivent aller les dégager à la main.
C’est dans les kelps que vivent et se cachent les loutres de mer. Je ne
connais guère d’animal plus gracieux. Nous en avons eu jusqu’à douze qui
vivaient à bord, relativement apprivoisées. Nous les installions dans les
chalands métalliques, placés sur la plage arrière, et que nous remplissions
d’eau. Nous y mettions des algues pour qu’elles puissent se cacher si elles
le voulaient. Les plongeurs allaient chercher pour elles de. grosses moules
à la chair rouge. Rien n’est plus amusant que de voir une loutre manger
une moule. Flottant sur le dos, elle la pose sur sa poitrine, et tente de
l’ouvrir avec ses petites mains. En liberté, dans la mer, elle ramasse au
fond un caillou avec lequel elle brise la coquille. Sur la Calypso, nous leur
fournissions des pierres pour les voir écraser habilement les moules dont
elles se régalaient.
Les loutres font inlassablement leur toilette comme des chats. Dès que
leur tête est hors de l’eau, et que leurs moustaches argentées se hérissent,
elles promènent leurs mains sur leurs joues, sur leur crâne. Elles caressent
leur fourrure. Il leur faut constamment réintroduire de l’air dans cette épaisse
toison pour résister au froid. La température de leur corps ne doit pas
descendre au-dessous de 38°. Ce sont des animaux à sang chaud, comme
nous, des mammifères qui ont vécu autrefois sur la terre et se sont adaptés
à la vie marine, comme les pinnipèdes ou les cétacés.
Elles se frottent les yeux, elles se frottent le ventre, puis elles vous
regardent d’un air interrogatif. Ce sont, sans doute, les êtres les plus charmants de l’Alaska. Lorsqu’elles sont installées dans les kelps, elles écartent
les algues avec les mains, comme elles ouvriraient des rideaux, pour regarder
venir les plongeurs. Elles tiennent leur petit dans les bras, comme pour le
bercer, elles l’allaitent avec des gestes très féminins, et, pour n’être pas
entraînées par le courant, elles se ceinturent la taille avec l’extrémité d’une
algue.
La recherche des loutres autour des petits îlots des Aléoutiennes nous
a réservé quelques surprises. Nous rencontrions surtout un grand nombre
de phoques. Un matin, une équipe en zodiac cherchait des loutres dans une
petite anfractuosité. Le Dr Millet, qui se trouvait avec les plongeurs, aperçoit,
à fleur d’eau, une masse noire. Il dirige le zodiac vers elle. C’était un tout
Les îles Aléoutiennes sont désertes. Le pays est merveilleux. D’innombrables
animaux vivent en liberté tout au long de ce chapelet de rochers déserts.
Dans la mer, les algues sont immenses : ce sont les kelps dont les stipes*
sont gros comme le bras, et qui peuvent mesurer 50 mètres de long.
Malheureusement, toute cette masse végétale au milieu de laquelle
nous naviguons, nous cause quelques ennuis : les kelps se prennent dans
les hélices, et les plongeurs doivent aller les dégager à la main.
C’est dans les kelps que vivent et se cachent les loutres de mer. Je ne
connais guère d’animal plus gracieux. Nous en avons eu jusqu’à douze qui
vivaient à bord, relativement apprivoisées. Nous les installions dans les
chalands métalliques, placés sur la plage arrière, et que nous remplissions
d’eau. Nous y mettions des algues pour qu’elles puissent se cacher si elles
le voulaient. Les plongeurs allaient chercher pour elles de. grosses moules
à la chair rouge. Rien n’est plus amusant que de voir une loutre manger
une moule. Flottant sur le dos, elle la pose sur sa poitrine, et tente de
l’ouvrir avec ses petites mains. En liberté, dans la mer, elle ramasse au
fond un caillou avec lequel elle brise la coquille. Sur la Calypso, nous leur
fournissions des pierres pour les voir écraser habilement les moules dont
elles se régalaient.
Les loutres font inlassablement leur toilette comme des chats. Dès que
leur tête est hors de l’eau, et que leurs moustaches argentées se hérissent,
elles promènent leurs mains sur leurs joues, sur leur crâne. Elles caressent
leur fourrure. Il leur faut constamment réintroduire de l’air dans cette épaisse
toison pour résister au froid. La température de leur corps ne doit pas
descendre au-dessous de 38°. Ce sont des animaux à sang chaud, comme
nous, des mammifères qui ont vécu autrefois sur la terre et se sont adaptés
à la vie marine, comme les pinnipèdes ou les cétacés.
Elles se frottent les yeux, elles se frottent le ventre, puis elles vous
regardent d’un air interrogatif. Ce sont, sans doute, les êtres les plus charmants de l’Alaska. Lorsqu’elles sont installées dans les kelps, elles écartent
les algues avec les mains, comme elles ouvriraient des rideaux, pour regarder
venir les plongeurs. Elles tiennent leur petit dans les bras, comme pour le
bercer, elles l’allaitent avec des gestes très féminins, et, pour n’être pas
entraînées par le courant, elles se ceinturent la taille avec l’extrémité d’une
algue.
La recherche des loutres autour des petits îlots des Aléoutiennes nous
a réservé quelques surprises. Nous rencontrions surtout un grand nombre
de phoques. Un matin, une équipe en zodiac cherchait des loutres dans une
petite anfractuosité. Le Dr Millet, qui se trouvait avec les plongeurs, aperçoit,
à fleur d’eau, une masse noire. Il dirige le zodiac vers elle. C’était un tout
