LE GRAND DEPART 143
d'une chenille. Mais ce n’est qu’une apparence. Les vers et les chenilles
avancent par déplacement de leurs segments. Les éléphants de mer constituent un seul bloc de viande, une masse musculaire sans point d’appui. Leur
poids même les empêche de se hâler sur les membres antérieurs.
Ils ne peuvent avancer qu’en se dressant, puis en se jetant en avant et
en ramenant à eux leur arrière-train. De nouveau, ils se dressent à demi, se
laissent tomber, et ainsi de suite. Le déplacement est assuré par une suite
de contractions de masses musculaires, une succession de violents spasmes
et de déséquilibres, qui donnent l’impression d’être pénibles, comme le sont
les efforts d’un être mutilé. Les éléphants de mer vont moins vite qu’un
homme au pas, mais s’ils sont en proie à la frayeur, ils peuvent progresser
à une allure beaucoup plus rapide.
On a dit des éléphants de mer qu’ils étaient les plus laids des mammifères marins. Ce ne peut être vrai que pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion
d’admirer leur grâce et leur beauté sous la mer. Quant à moi, à terre je les
trouve surtout pathétiques. Leurs yeux globuleux, enfoncés, ont souvent un
regard plus intelligent qu’on ne s’y attendrait, et qui est d'ailleurs différent
à terre et dans l’eau. Ces yeux, généralement bruns, peuvent être tristes
et presque suppliants, lorsque, dérangés au bord de la plage, ils se voient
contraints de se battre ou de fuir, alors qu’ils se sentent à demi-paralysés
ou écrasés par leur condition terrestre. Dans la mer, le regard est plus vif,
plus malin, plus assuré, et il croise sans appréhension celui des plongeurs.
D’admirables plongeurs
L’équipe de cinéma sous-marin a fait du bon travail. Les éléphants
sont d’admirables nageurs et plongeurs.
Autant sur terre ils sont maladroits, autant dans la mer ils sont à leur
aise.
Couchés sur le dos, au fond de l’eau, ils s’offrent des petits repos à
une dizaine de mètres de la surface, sur un lit d'algues. Bien qu'en apnée,
ils ne semblent nullement pressés de revenir en surface. L'air ne paraît pas
leur manquer. Ils aiment beaucoup s’allonger sur le dos.
Nos plongeurs ont soigneusement observé et filmé la nage des éléphants.
Les deux ailerons verticaux situés à l’arrière de leur corps se déplacent
ensemble latéralement dans le même sens. Pour freiner, les animaux écartent
ces deux ailerons arrière, qui jouent le rôle des « aérofreins » d’un avion.
C’est assez gracieux à voir dans l’eau.
Pendant la saison des amours, les éléphants de mer ne s'éloignent pas de l'île de Guadalupe et
plongent par petits fonds.
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