CAPITAINE DE LA CALYPSO
seulement les amphores, mais les multiples objets qui ne
peuvent manquer d’avoir été perdus ici au moment du
naufrage. Las! Le marin propose, mais les éléments disposent : un vent d’ouest aussi violent que têtu se met à souffler. Il
menace de drosser le Hou Hop sur les écueils. Il fait mine de se
calmer pendant la nuit, mais reprend de plus belle à l’aube,
avant de lancer des bourrasques qui soulèvent la mer en
tempête.
Nous mettons le cap sur le port de Bonifacio, où nous
trouvons refuge.
Et les gardes-côtes... Ils s’intéressent à notre cargaison. Ils
montent à bord et mettent la main sur nos amphores. Un
officier nous explique qu’il existe une législation sur les épaves.
En 1951, deux textes règlent la question : l’Ordonnance de
1681 et la Déclaration royale de 1735. La première s’applique
aux bateaux échoués et aux épaves constituées par des objets
isolés, la seconde aux naufrages absolus, c’est-à-dire aux
navires qui coulent sans laisser d’indice en surface. Notre
épave relève de la seconde catégorie. Pour la fouiller, nous
aurions dû demander une concession préalable — auquel cas,
nous aurions pu obtenir jusqu’aux neuf dixièmes de la
cargaison en nature.
Nous n’avons pas de concession ; par conséquent, les gardescôtes confisquent. Ils nous délivrent un reçu qui certifie que les
amphores nous seront rendues ultérieurement, quand le
responsable des fouilles archéologiques les aura décrites,
identifiées et classées. Nous ne les avons jamais revues.
Depuis cette époque, la législation a changé. Les richesses
archéologiques sont mieux protégées. En principe... On n’a
plus le droit de jouer les Falco en Hou Hop, de plonger et de
remonter n’importe quel objet antique. La découverte d’une
épave doit être déclarée. Si les autorités compétentes estiment
la trouvaille intéressante, elles seules ordonnent la campagne
de fouilles. Le butin est partagé entre l’Etat et l’inventeur,
dans une proportion qui laisse le cheval au premier et
l’alouette au second.
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