CAPITAINE DE LA CALYPSO
sière argentée. Des centaines de sars fusent des rochers comme
des feux d’artifice. Des groupes de corbs solennels se déplacent
de caverne en caverne. Des murènes balancent hors de leur
refuge leur tête de serpent.
Propulsé dans l’eau à l’avant du bateau, je me fais l’effet
d’être un dauphin. Les filets liquides me caressent et me
balancent doucement à droite et à gauche. Bercé par la mer, je
rêve éveillé. Je suis bien.
Nous avons choisi pour mouillage une crique abritée des
vents d’ouest, au-dessous du cimetière de la Sémillante. La
Sémillante — toute une histoire... Elle fit naufrage en 1855 :
plus de sept cent cinquante soldats de Napoléon III, en route
pour le siège de Sébastopol et la guerre de Crimée, périrent
lors de cette catastrophe.
Autour de notre mouillage, nous découvrons des tessons
d’amphores qui témoignent du fait que les bateaux antiques
furent nombreux à passer par ici. Leurs ancres de pierre ou de
plomb raclèrent ces fonds fertiles.
Chaque jour, j’enfourche mon coursier des mers pour
explorer les parages. Je finis par les connaître par cœur. J’en
relève les anomalies — les bosses de sable, les creux bizarres,
les traces difficilement imputables aux animaux.
Un matin, par dix mètres de fond, à l’ouest d’un récif qui
affleure, j’aperçois des amphores. Non plus des cols brisés ou
des éclats épars : des amphores intactes, complètes, superbes.
Je lève les bras. L’Oncle et Poup traduisent mon signal à
l’intention du barreur. Stop!... Boboss débraye. L’Oncle jette
1 ancre. Je ventile mes poumons et je plonge. Je n’en crois pas
mes yeux : je viens d’inventer un trésor de poteries antiques.
Les amphores gisent en désordre, les unes posées sur le sable
blanc, les autres mêlées aux posidonies. Certaines semblent à
demi enfouies dans le sédiment. J’en compte deux, cinq, dix...
J en caresse une au passage ; j’épouse de la main son ventre
rond et son col gracile ; je dessine du bout du doigt le contour
de ses anses parfaites.
Lorsque je jaillis en surface, je laisse éclater ma joie. Je
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sière argentée. Des centaines de sars fusent des rochers comme
des feux d’artifice. Des groupes de corbs solennels se déplacent
de caverne en caverne. Des murènes balancent hors de leur
refuge leur tête de serpent.
Propulsé dans l’eau à l’avant du bateau, je me fais l’effet
d’être un dauphin. Les filets liquides me caressent et me
balancent doucement à droite et à gauche. Bercé par la mer, je
rêve éveillé. Je suis bien.
Nous avons choisi pour mouillage une crique abritée des
vents d’ouest, au-dessous du cimetière de la Sémillante. La
Sémillante — toute une histoire... Elle fit naufrage en 1855 :
plus de sept cent cinquante soldats de Napoléon III, en route
pour le siège de Sébastopol et la guerre de Crimée, périrent
lors de cette catastrophe.
Autour de notre mouillage, nous découvrons des tessons
d’amphores qui témoignent du fait que les bateaux antiques
furent nombreux à passer par ici. Leurs ancres de pierre ou de
plomb raclèrent ces fonds fertiles.
Chaque jour, j’enfourche mon coursier des mers pour
explorer les parages. Je finis par les connaître par cœur. J’en
relève les anomalies — les bosses de sable, les creux bizarres,
les traces difficilement imputables aux animaux.
Un matin, par dix mètres de fond, à l’ouest d’un récif qui
affleure, j’aperçois des amphores. Non plus des cols brisés ou
des éclats épars : des amphores intactes, complètes, superbes.
Je lève les bras. L’Oncle et Poup traduisent mon signal à
l’intention du barreur. Stop!... Boboss débraye. L’Oncle jette
1 ancre. Je ventile mes poumons et je plonge. Je n’en crois pas
mes yeux : je viens d’inventer un trésor de poteries antiques.
Les amphores gisent en désordre, les unes posées sur le sable
blanc, les autres mêlées aux posidonies. Certaines semblent à
demi enfouies dans le sédiment. J’en compte deux, cinq, dix...
J en caresse une au passage ; j’épouse de la main son ventre
rond et son col gracile ; je dessine du bout du doigt le contour
de ses anses parfaites.
Lorsque je jaillis en surface, je laisse éclater ma joie. Je
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