L’ÉPOPÉE DU SURCOUF
La nuit faite, nous naviguons en gardant le phare du Titan
plein arrière. Lorsqu’il a disparu, nous nous fions aux étoiles.
Quand le ciel se brouille, nous nous reportons au compas : le
cap au 145. La mer est calme, le vent presque nul. Notre
sillage brille de millions de points phosphorescents : ce sont
des noctiluques, microscopiques organismes du plancton, qui
scintillent dans l’eau noire. A minuit, nous croisons deux
navires de guerre qui foncent tous feux allumés, sans nous voir.
Aux premières lueurs de l’aube, nous devinons droit devant,
gris sur gris, la silhouette des montagnes de la Corse.
5 heures. Le Surcouf continue son chemin, mais la Corse a
disparu dans le brouillard. Soudain, des coups de canon. Des
claquements, des gerbes d’eau à une centaine de mètres du
bateau. Nous pensons à un exercice de tir de la Marine
nationale, et nous ne nous sentons pas trop fiers au centre de la
cible. Nous regardons mieux. Des souffles... Des baleines qui
tapent de la queue sur la surface!... Presque en cadence.
Allègrement...
C’est la première fois que je rencontre les géants des géants.
Je ne me doute même pas que, dans ma vie de marin et de
capitaine de la Calypso, j’aurai l’occasion d’en admirer des
troupeaux, dans toutes les mers du monde.
J’en sais assez pour déterminer l’espèce : ce sont des
rorquals. Des rorquals communs. Les plus gros animaux qui
fréquentent la Méditerranée. Les proches cousins des baleines
bleues, lesquelles sont les plus énormes créatures que la Terre
ait jamais portées. Les rorquals communs atteignent vingttrois mètres de longueur et (pour les plus grandes femelles)
quatre-vingt-dix tonnes. En moyenne, l’équivalent d’une douzaine d’éléphants... Ce troupeau (je l’apprendrai au cours de
mes voyages sur la Calypso) réside toute l’année en Méditerranée. Il ne cesse de tourner autour de l’ensemble que forment la
Corse et la Sardaigne. A l’endroit où nous le rencontrons ce
jour-là, il nage en surface sur des fonds de plus de deux mille
mètres.
Les baleines soufflent. Pfouff!... Comparés à elles, nous
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La nuit faite, nous naviguons en gardant le phare du Titan
plein arrière. Lorsqu’il a disparu, nous nous fions aux étoiles.
Quand le ciel se brouille, nous nous reportons au compas : le
cap au 145. La mer est calme, le vent presque nul. Notre
sillage brille de millions de points phosphorescents : ce sont
des noctiluques, microscopiques organismes du plancton, qui
scintillent dans l’eau noire. A minuit, nous croisons deux
navires de guerre qui foncent tous feux allumés, sans nous voir.
Aux premières lueurs de l’aube, nous devinons droit devant,
gris sur gris, la silhouette des montagnes de la Corse.
5 heures. Le Surcouf continue son chemin, mais la Corse a
disparu dans le brouillard. Soudain, des coups de canon. Des
claquements, des gerbes d’eau à une centaine de mètres du
bateau. Nous pensons à un exercice de tir de la Marine
nationale, et nous ne nous sentons pas trop fiers au centre de la
cible. Nous regardons mieux. Des souffles... Des baleines qui
tapent de la queue sur la surface!... Presque en cadence.
Allègrement...
C’est la première fois que je rencontre les géants des géants.
Je ne me doute même pas que, dans ma vie de marin et de
capitaine de la Calypso, j’aurai l’occasion d’en admirer des
troupeaux, dans toutes les mers du monde.
J’en sais assez pour déterminer l’espèce : ce sont des
rorquals. Des rorquals communs. Les plus gros animaux qui
fréquentent la Méditerranée. Les proches cousins des baleines
bleues, lesquelles sont les plus énormes créatures que la Terre
ait jamais portées. Les rorquals communs atteignent vingttrois mètres de longueur et (pour les plus grandes femelles)
quatre-vingt-dix tonnes. En moyenne, l’équivalent d’une douzaine d’éléphants... Ce troupeau (je l’apprendrai au cours de
mes voyages sur la Calypso) réside toute l’année en Méditerranée. Il ne cesse de tourner autour de l’ensemble que forment la
Corse et la Sardaigne. A l’endroit où nous le rencontrons ce
jour-là, il nage en surface sur des fonds de plus de deux mille
mètres.
Les baleines soufflent. Pfouff!... Comparés à elles, nous
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