LES BRUMES DE TERRE-NEUVE
identifions les restes de façon formelle. Le bâtiment gît par
cent vingt mètres de fond, sur un lit de sable. Nous apercevons
dans les cabines des valises qui semblent avoir été bouclées
hier. Mais de lingots d’or, pas le moindre. Si le trésor existe, il
y est encore.
Après des travaux d’entretien, la Calypso quitte Monaco
pour Norfolk (Virginie), où sont installés les bureaux de la
grande fondation pour l’environnement que le Pacha a créée
aux Etats-Unis : la Cousteau Society.
Nous passons par l’île d’Alborân, où j’ai une nouvelle fois le
plaisir de plonger parmi les laminaires géantes (c’est ma forêt
de Brocéliande; je ne serais pas étonné d’y croiser Merlin
[Enchanteur...). A Gibraltar, nous nous amusons à mettre en
évidence le courant profond qui sort de la Méditerranée, sous
le courant superficiel rentrant de l’Atlantique. Nous mouillons
un vaste parachute de nylon, lesté et attaché à la grue de la
Calypso par un filin. L’engin coule à cent cinquante mètres. Il
se déploie lentement. La Calypso arrête ses moteurs. La voile
sous-marine, gonflée par le courant, tire notre navire vers le
large, jusque dans l’Atlantique. C’est ainsi que nous passons
les Colonnes d’Hercule : on dit (sans en avoir la preuve) que
les Phéniciens connaissaient le truc...
Le 2 juin 1979, la Calypso pénètre dans le port de Norfolk, où
l’accueillent des centaines d’embarcations de toutes sortes et,
sur les quais, des dizaines de milliers d’amis américains. Je
n’aurais jamais imaginé un tel comité de bienvenue. Le
chanteur John Denver interprète un hymne qu’il a composé à
la gloire du navire et de son équipage. Musique, flons-flons,
cris de joie, applaudissements — le tout retransmis en direct à
la télévision.
Sur la Calypso, nous sommes peu faits pour ces manifestations — même si nous avons conscience que les médias paient
nos aventures. Comme tous mes camarades, je suis soulagé
lorsque le boulot reprend. Notre première mission américaine
consiste à naviguer jusque dans les parages du cap Hatteras,
afin de retrouver, d’explorer et de filmer l’épave d’un fameux
331
identifions les restes de façon formelle. Le bâtiment gît par
cent vingt mètres de fond, sur un lit de sable. Nous apercevons
dans les cabines des valises qui semblent avoir été bouclées
hier. Mais de lingots d’or, pas le moindre. Si le trésor existe, il
y est encore.
Après des travaux d’entretien, la Calypso quitte Monaco
pour Norfolk (Virginie), où sont installés les bureaux de la
grande fondation pour l’environnement que le Pacha a créée
aux Etats-Unis : la Cousteau Society.
Nous passons par l’île d’Alborân, où j’ai une nouvelle fois le
plaisir de plonger parmi les laminaires géantes (c’est ma forêt
de Brocéliande; je ne serais pas étonné d’y croiser Merlin
[Enchanteur...). A Gibraltar, nous nous amusons à mettre en
évidence le courant profond qui sort de la Méditerranée, sous
le courant superficiel rentrant de l’Atlantique. Nous mouillons
un vaste parachute de nylon, lesté et attaché à la grue de la
Calypso par un filin. L’engin coule à cent cinquante mètres. Il
se déploie lentement. La Calypso arrête ses moteurs. La voile
sous-marine, gonflée par le courant, tire notre navire vers le
large, jusque dans l’Atlantique. C’est ainsi que nous passons
les Colonnes d’Hercule : on dit (sans en avoir la preuve) que
les Phéniciens connaissaient le truc...
Le 2 juin 1979, la Calypso pénètre dans le port de Norfolk, où
l’accueillent des centaines d’embarcations de toutes sortes et,
sur les quais, des dizaines de milliers d’amis américains. Je
n’aurais jamais imaginé un tel comité de bienvenue. Le
chanteur John Denver interprète un hymne qu’il a composé à
la gloire du navire et de son équipage. Musique, flons-flons,
cris de joie, applaudissements — le tout retransmis en direct à
la télévision.
Sur la Calypso, nous sommes peu faits pour ces manifestations — même si nous avons conscience que les médias paient
nos aventures. Comme tous mes camarades, je suis soulagé
lorsque le boulot reprend. Notre première mission américaine
consiste à naviguer jusque dans les parages du cap Hatteras,
afin de retrouver, d’explorer et de filmer l’épave d’un fameux
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