CAPITAINE DE LA CALYPSO
s’approchent et entament leur danse d’amour, qui consiste en
des longues séries de ronds dans l’eau, les partenaires modifient aussi leur couleur : sous l’effet de l’émotion, ils perdent
les stries brunes qui leur valent leur nom commun ; les mâles
rosissent, les femelles deviennent blanches. Lorsque ces dernières ont atteint l’état d’excitation nécessaire, elles lâchent
leurs œufs dans des touffes d’algues ou d’herbes marines. Les
représentants du sexe dit « fort » (ici, le plus faible) arrosent
cette production de leur laitance.
Nous effectuons, à bord de la Calypso, des expériences sur la
reproduction de l’espèce : Bernard Delemotte et moi capturons au filet une femelle et deux mâles, dont nous observons les
ébats dans le grand aquarium du bord — avant de les relâcher
quand la ponte est faite. Nous essaierons d’élever les alevins en
captivité, mais sans illusions. C’est quasiment impossible..
Le rassemblement nuptial des mérous du Belize attire de
nombreux pêcheurs, dont nous chiffrons les prises. Nous nous
apercevons — hélas ! — que les prélèvements sont excessifs.
L’homme n’utilise jamais avec sagesse les richesses de la
nature. Sitôt qu’il les connaît, sitôt qu’il en a la possibilité
technique, il les surexploite. Il puise dans le capital au lieu de
se contenter des intérêts... Mais comment expliquer cela à des
hommes du Tiers Monde, dont la pauvreté fait pitié ?
Le congrès des mérous s’achève aussi mystérieusement qu’il
avait commencé : chaque poisson, ayant transmis la vie, s’en
retourne chez lui. Dans son trou de corail, parfois distant de
plusieurs dizaines de kilomètres... Il vivra là, pendant onze
mois, l’existence casanière des mérous; jusqu’à ce qu’une
irrésistible pulsion lui ordonne de repartir pour la « Vallée
heureuse ».
Précédent

- 334/424

Suivant