Les plages
53
© armand
colin.
La
photocopie non
autorisée est un
délit.
le vent peut alors prendre le relais lorsque, soufflant de la terre, il apporte avec lui
des sables qu’il laisse tomber dans les eaux littorales. Dans les régions polaires,
des glaciers poussent leurs moraines jusque dans la mer tandis que des radeaux de
glace continentale, après une dérive plus ou moins longue, s’échouent sur les
estrans, abandonnant les cailloux et les blocs qu’ils transportent. Sur les côtes où le
volcanisme est actif, la chute de produits pyroclastiques (cendres, lapilli, ponces)
peut alimenter directement les plages. Il arrive aussi que celles-ci bénéficient
d’actions anthropiques. Des déblais de carrière rejetés à la mer contribuent à
l’engraissement des estrans, comme c’est le cas à Hoed, au Danemark, où, sur une
dizaine de kilomètres de côte, le rivage a avancé en moyenne d’1 m/an au cours
des cent dernières années. Dans le nord du Chili, le rejet de stériles cuprifères dans
la baie de Chanaral a été à l’origine d’une progradation de la plage à une vitesse de
25 m/an. En Corse, les rebuts de la mine d’amiante de Canari, en activité de 1948 à
1965, sont à l’origine de l’engraissement spectaculaire de la plage de la Marine
d’Albo. Mais, c’est surtout indirectement et involontairement que l’Homme est
intervenu dans l’alimentation des plages en matériaux. Les grands défrichements
dont il est responsable depuis qu’il est devenu agriculteur et éleveur ont déclenché
une érosion des sols qui a considérablement accru, peut-être doublé selon certaines
estimations, la charge solide naturelle des cours d’eau. Cependant, une partie de
cette charge est trop fine pour servir à l’alimentation des plages.
Mais, des sédiments qui parviennent dans le domaine littoral peuvent aussi s’en
échapper. Des vents venant du large soulèvent sur les estrans des sables et les mettent
en mouvement. Si ces sables s’accumulent juste en arrière de la plage, par suite de
l’obstacle que constitue la végétation, il s’édifie une avant-dune qui reste associée à
la plage. Dans d’autres cas, les sables sont exportés au-delà de la frange littorale pour
former des champs de grandes dunes qui envahissent les terres. Le domaine côtier
perd ainsi des sédiments. Il en va de même lorsque des courants d’arrachement
évacuent des sables et des graviers au-delà de la zone du déferlement, jusqu’à des
profondeurs telles qu’ils ne peuvent plus être ramenés à la côte par les vagues.
Quand des canyons sous-marins ont leur tête à proximité du rivage, comme sur la
côte de Californie au nord de San Diego (canyons de La Jolla et de Carlsbad) ou sur
le littoral caucasien de la mer Noire entre Sochi et Soukhoumi, sables et galets
peuvent s’y engouffrer et descendre au-delà du talus continental. Ainsi, près de
Pitsunda, en Géorgie, un canyon absorbe chaque année quelque 80 000 m1 de sédiments, surtout graveleux, soit plus du tiers du volume apporté ici par la dérive
littorale. Par contre, à en croire certains auteurs, il ne semble pas que le canyon de
Capbreton, dont la tête s’avance à moins de 250 m du rivage, engloutisse beaucoup
des 500 000 m3 de matériaux véhiculés chaque année le long de la côte des Landes.
Les plages appartiennent à des compartiments sédimentaires indépendants (fig. 21 ),
plus ou moins étendus selon les cas, comme le mettent en évidence les études de
transit des matériaux portant sur leur direction (qui peut être réversible, mais qui
présente souvent un sens dominant), leur origine, leur nature, leur volume, à l’aide de
marqueurs (minéraux lourds, éléments radio-actifs). Chaque plage a son propre
budget, défini par la somme algébrique du volume des sédiments qui entrent dans le
système et du volume des sédiments qui s’en échappent. Si cette somme est égale à
zéro, la plage est stable. Si elle est positive, il y a engraissement et progradation par
adjonction de crêtes de plage successives. Si elle est négative, il y a démaigrissement et
récession, ce qui peut conduire à ternie à la disparition complète de la plage.
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© armand
colin.
La
photocopie non
autorisée est un
délit.
le vent peut alors prendre le relais lorsque, soufflant de la terre, il apporte avec lui
des sables qu’il laisse tomber dans les eaux littorales. Dans les régions polaires,
des glaciers poussent leurs moraines jusque dans la mer tandis que des radeaux de
glace continentale, après une dérive plus ou moins longue, s’échouent sur les
estrans, abandonnant les cailloux et les blocs qu’ils transportent. Sur les côtes où le
volcanisme est actif, la chute de produits pyroclastiques (cendres, lapilli, ponces)
peut alimenter directement les plages. Il arrive aussi que celles-ci bénéficient
d’actions anthropiques. Des déblais de carrière rejetés à la mer contribuent à
l’engraissement des estrans, comme c’est le cas à Hoed, au Danemark, où, sur une
dizaine de kilomètres de côte, le rivage a avancé en moyenne d’1 m/an au cours
des cent dernières années. Dans le nord du Chili, le rejet de stériles cuprifères dans
la baie de Chanaral a été à l’origine d’une progradation de la plage à une vitesse de
25 m/an. En Corse, les rebuts de la mine d’amiante de Canari, en activité de 1948 à
1965, sont à l’origine de l’engraissement spectaculaire de la plage de la Marine
d’Albo. Mais, c’est surtout indirectement et involontairement que l’Homme est
intervenu dans l’alimentation des plages en matériaux. Les grands défrichements
dont il est responsable depuis qu’il est devenu agriculteur et éleveur ont déclenché
une érosion des sols qui a considérablement accru, peut-être doublé selon certaines
estimations, la charge solide naturelle des cours d’eau. Cependant, une partie de
cette charge est trop fine pour servir à l’alimentation des plages.
Mais, des sédiments qui parviennent dans le domaine littoral peuvent aussi s’en
échapper. Des vents venant du large soulèvent sur les estrans des sables et les mettent
en mouvement. Si ces sables s’accumulent juste en arrière de la plage, par suite de
l’obstacle que constitue la végétation, il s’édifie une avant-dune qui reste associée à
la plage. Dans d’autres cas, les sables sont exportés au-delà de la frange littorale pour
former des champs de grandes dunes qui envahissent les terres. Le domaine côtier
perd ainsi des sédiments. Il en va de même lorsque des courants d’arrachement
évacuent des sables et des graviers au-delà de la zone du déferlement, jusqu’à des
profondeurs telles qu’ils ne peuvent plus être ramenés à la côte par les vagues.
Quand des canyons sous-marins ont leur tête à proximité du rivage, comme sur la
côte de Californie au nord de San Diego (canyons de La Jolla et de Carlsbad) ou sur
le littoral caucasien de la mer Noire entre Sochi et Soukhoumi, sables et galets
peuvent s’y engouffrer et descendre au-delà du talus continental. Ainsi, près de
Pitsunda, en Géorgie, un canyon absorbe chaque année quelque 80 000 m1 de sédiments, surtout graveleux, soit plus du tiers du volume apporté ici par la dérive
littorale. Par contre, à en croire certains auteurs, il ne semble pas que le canyon de
Capbreton, dont la tête s’avance à moins de 250 m du rivage, engloutisse beaucoup
des 500 000 m3 de matériaux véhiculés chaque année le long de la côte des Landes.
Les plages appartiennent à des compartiments sédimentaires indépendants (fig. 21 ),
plus ou moins étendus selon les cas, comme le mettent en évidence les études de
transit des matériaux portant sur leur direction (qui peut être réversible, mais qui
présente souvent un sens dominant), leur origine, leur nature, leur volume, à l’aide de
marqueurs (minéraux lourds, éléments radio-actifs). Chaque plage a son propre
budget, défini par la somme algébrique du volume des sédiments qui entrent dans le
système et du volume des sédiments qui s’en échappent. Si cette somme est égale à
zéro, la plage est stable. Si elle est positive, il y a engraissement et progradation par
adjonction de crêtes de plage successives. Si elle est négative, il y a démaigrissement et
récession, ce qui peut conduire à ternie à la disparition complète de la plage.
