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Les littoraux
La Medjerda qui est longue de 460 km et dont le bassin-versant couvre environ
22 000 km2 est l’un des grands cours d’eau de l’Afrique du Nord. Son régime
hydrologique est typiquement méditerranéen. Dans son cours inférieur, le module
est de l’ordre de 30 m3.s-1. Les contrastes saisonniers sont très marqués puisque le
débit d’étiage peut se réduire à moins de 1 m3.s-1 tandis que celui d’une crue de
périodicité décennale atteint 1 000-1 200 m3.s-1. Le transport solide en suspension
est de l’ordre de 10 g.L-1 en eaux moyennes et il avoisine 30 g.L-1 en période de
crue. Il s’agit d’une charge fine de sables, limons et argiles.
Le delta dont la pente est inférieure à 0,7 %o se situe dans le nord du golfe de
Tunis. Il est tourné vers l’est, ce qui le protège des houles du nord-ouest, les plus
fortes et les plus fréquentes sur la côte septentrionale de l’Afrique, mais aussi de
celles du sud-est grâce à la péninsule du cap Bon.
La construction du delta s’est faite au cours des 5 000 dernières années par
colmatage progressif d’une baie peu profonde du sud vers le nord, concomitamment avec une migration du fleuve dans le même sens (fig. 94). Les traces d’au
moins huit anciens lits sont encore aisément reconnaissables sur le terrain qui offre
tous les traits de la morphologie deltaïque classique : dans la plaine, chenal fluvial
actuel sinueux, surélevé et gainé de levées alluviales, bras morts, méandres
recoupés, cuvettes résiduelles marécageuses, lunettes; sur la marge, anciennes
crêtes de plage, flèche à pointe libre, saillant convexe, lagunes communiquant ou
non avec la mer, dunes.
Le delta de la Medjerda constitue véritablement un musée géomorphologique et,
de ce point de vue, il mérite d’être mieux connu. Mais son intérêt vient surtout du
fait que son évolution récente a été profondément influencée par des actions anthropiques. Son avancée rapide, au cours de l’antiquité et pendant le début du Moyen
Age, s’explique par les grands défrichements opérés dans le nord de la Tunisie au
temps des Carthaginois et des Romains qui furent, les premiers les initiateurs, les
seconds les propagateurs de l’agriculture dans ce pays. Une érosion des sols, favorisée par les caractéristiques du climat méditerranéen, s’ensuivit qui augmenta
considérablement la charge alluviale des cours d’eau, en particulier celle de la
Medjerda. A cette époque, le delta lui-même ne fit pas l’objet d’aménagements
particuliers, mais il subit le contrecoup de l’exploitation de son bassin-versant.
C’est à partir du début du XXe siècle que Ton a entrepris de mettre en valeur le
delta à des fins agricoles. Pour ce faire, il fallait prioritairement essayer d’enrayer
les inondations qui le submergeaient lors des crues. Entre 1902 et 1910, on
endigua donc le fleuve là où les levées alluviales étaient insuffisantes pour le
contenir dans son lit. Cette opération eut pour effet d’augmenter considérablement
les apports alluviaux livrés à la mer, l’arrêt des débordements ayant mis fin au
dépôt de limons et d’argiles dans les cuvettes de la plaine deltaïque. Par ailleurs, à
la même époque, le débit solide de la Medjerda s’élevait en relation avec une
nouvelle vague d’érosion des sols, déclenchée par l’introduction d’une agriculture
de type européen dans la Tunisie tellienne. Le résultat de l’accroissement de la
charge véhiculée jusqu’à l’embouchure fut l’apparition, dans les années trente,
d une flèche à extrémité libre et recourbée, orientée vers le sud, qui s’est développée rapidement par adjonction de crochets successifs puisqu’on 1948 sa
longueur dépassait 2 km (fig. 95).
Cependant, le delta restait encore à la merci des inondations. La grande crue de
1931 montra que les ouvrages de protection réalisés étaient insuffisants. De
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