Grands aussi les thons, les carangidés et les squales, en particulier les requins*
marteaux, qui pullulent à Roca Redonda et autour de Ile du Nord
Et ce qui n est pas important par la taille l'est par le nombre Ainsi, par
exemple, Caranx melampjgus. un carangidé d'environ I mètre de long dont
on connaît les mœurs solitaires dans d'autres mers, se rencontre par <1 en
bancs d’une bonne dizaine d'individus. De même, il est pratiquement impossible de tomber sur un barracuda solitaire : dans les eaux des Galapagos, cette
espèce forme des bancs de plusieurs centaines, voire de milliers cfindividus
qui peuvent en arriver à faire écran à la pénétration des rayons lumineux
D'autres poissons, plus typiquement coralliens, vivent aussi en grands bancs,
comme les lutjanidés, auxquels se mêlent des espèces résolument endé
miques. Tel est par exemple le cas du très beau roncador des Galapagos
(Orthopnstis forberi), à la livrée argent marbrée de jaune et mouchetée de
noir Tel est aussi le cas du chancho (Pnonurus laüclavius). un insolite poisson
chirurgien pouvant atteindre une cinquantaine de centimètres et presque
endémique ici, puisque le seul autre endroit où l'on puisse le trouver, ce sont
les îles Cocos. A corps argenté marqué d'une longue bande noire sur l'œil,
le chancho se signale surtout par sa large queue d'un jaune éclatant. Nageant
entre les algues avec une infatigable vivacité, ces poissons se déplacent en
bancs serrés à la recherche de leur nourriture. Quand ils découvrent quelque
chose d'intéressant à manger, ils se serrent encore plus les uns contre les
autres, formant ainsi une sorte de grosse boule compacte, entourée par une
multitude de bandes jaunes (les queues) s'agitant frénétiquement.
Les grogneurs à rayures sont une autre espèce endémique â laquelle on
donne localement le nom d'ojon (Xenocys jessioe). A « Ile sans nom »
(Roca sm nombre), dans le canal de Pmzon. ils nous offnrent un jour un sur
prenant spectacle alors que nous nous apprêtions à regagner la surface après
une belle plongée. Nous suivions une sorte de canyon aux parois tapissées
de touffes de corail noir, quand soudain, au-dessus de nous, la lumière du
soleil disparut comme si nous venions de pénétrer dans une grotte.
En fait, il s'agissait d'un énorme banc de ces grogneurs pas plus longs qu'une
quinzaine de centimètres. Ils étaient des milliers qui obstruaient complète
ment le haut du canyon sur au moins une dizaine de mètres d'épaisseur
Quand nous arrivâmes au-dessous d eux, cette masse compacte s'ouvrit
pour laisser passer les bulles libérées par nos respirateurs, en formant ainsi
un cylindre creux au sommet duquel réapparut la lumière Puis ce cylindre
se referma aussitôt après le passage de la colonne de bulles, pour s'ouvnr
ensuite de nouveau dès la remontée suivante, et ainsi de suite, en un
surprenant jeu de cache-cache avec la lumière.
O
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