En fait, les requins sont devenus moins nombreux que dans les années 30,
quand William Young écrivit Trente Ans de chasse aux requins. A cette
époque, il n était pas difficile de pêcher, dans la zone caraïbe, de grands
requins-tigres atteignant 4 mètres de long, des animaux que l'on rencontre
beaucoup plus rarement aujourd'hui.
Dans certaines régions des Bahamas, on organise chaque jour un spectacle
de shark-feeding, intéressant, mais un peu frelaté. Pour des rencontres plus
authentiques, mieux vaut aller sur les hauts-fonds du large. A Providencia,
une île colombienne encore peu fréquentée, il m'est arrivé une fois, en bordure d’un talus qui s'enfonçait abruptement vers les profondeurs océaniques,
de voir un Carcharhinus leucas vraiment énorme, une bête peu rassurante,
qui arrive en troisième position dans la liste des mangeurs d'hommes.
Mais, dans I ensemble, les Caraïbes sont considérées comme une mer paisible et sûre, offrant la possibilité d'un type de plongée que j’apprécie particulièrement. C’est au moment où le soleil couchant colore les eaux de
douces nuances rose orangé que je prépare mon maténel : appareils photo,
flashes, torches. Puis, quand l'obscurité a gagné la surface de la mec je me
laisse glisser dans l'eau et descends lentement vers le fond. L'atmosphère du
milieu sous-marin s’est radicalement transformée.Tous les poissons de récifs
se sont réfugiés dans leur tanière au milieu des structures madréponques,
mais une autre population silencieuse a pris possession des lieux. D'élégants
crinoïdes émergent des anfractuosités du récif et déploient dans les courants leurs bras avides de plancton. De grands gorgonocéphalidés semblables à des buissons touffus surgissent de nulle part comme par magie.
Des crabes rouges des coraux dressent leurs pinces en quête de nourriture,
tandis que des crevettes jaunes, rouges, transparentes ou multicolores explorent le fond avec leurs antennes. Des oursins Diadema, reconnaissables à
leurs très longs piquants, ont envahi une grande partie des récifs, et des poissons-perroquets multicolores s’entourent d’un nuage de mucus pour masquer leur odeur aux grosses murènes qui rôdent dans les parages.
Il semble régner ici un calme absolu, que seul perturbe le faisceau mouvant
de ma lampe. Mais je sais que c'est un calme trompeur, car, d’heure en
heure, tout change. Les poissons que je vois finissent par disparaître, pour
faire place à d’autres, qui prennent à leur tour possession de ce monde
magique où je suis le seul intrus.
(AG.)
Page ci-contre : madrépores, éponges et gorgones se juxtaposent étroitement sur ce récif, donnant un échantillonnage
caractéristique du monde sous-marin des Caraïbes, où ils prédominent. En haut : ce hamlet jaune (Hypop/ectru. guttevrtu»)
appartient à un groupe de poissons, tous appelés hamlets, qui laisse encore perplexe» la plupart de» spécialiste». Ci-dessu. : une
gorgone des profondeurs (sans doute llicigorgia ichrammi) déploie son éventail à l’entrée d’une grotte sous-marine.
Précédent

- 108/201

Suivant