Les murènes ont des dents affûtées comme des rasoirs et une
mâchoire d'aaer. Pendant la fournée, elles se cachent le plus
souvent dans des crevasses du réaf Bien quelles soient beaucoup
moins agressives que ne le laisse supposer leur aspect, elles
attaquent les plongeurs qui les provoquent.
gers du train fantôme dans une fête foraine. À présent, nous sommes en eau peu
profonde, pas plus de 4,50 mètres. Au-dessous de nous s’étend une grande zone
sableuse, et le courant s’est calmé.
Agenouillé sur le fond, j’aperçois une douzaine de gobies sortant la tête
du sable. Plus de cinquante espèces de gobies ont été répertoriées en mer Rouge
et il est difficile de distinguer les subtiles nuances qui les différencient. En regardant
de plus près l’un de ces poissons, de quelque 5 à 8 centimètres, je remarque dans
le même trou un crustacé (Alpheus sp.) qui produit de petits claquements. Encore
un exemple de relation symbiotique : le poisson, dont la vision est meilleure, détecte
les prédateurs qui s’approchent tandis que le crustacé entretient l’habitat commun
et débarrasse le sable à l’entrée. Ainsi survivent les deux protagonistes.
Je palme très lentement sur le fond sableux, en cherchant d’autres habitants
de ce milieu. Ces zones, en apparence si désolées, cachent en fait quelques-uns des
organismes les plus fascinants de Ras Muhammad. Depuis vingt ans, le Dr Clark
étudie les peuplements des pentes sableuses au pied des récifs :
Sur les fonds sableux nus et exposés de la mer Rouge, les poissons doivent
être beaucoup plus astucieux pour se protéger des ennemis. Explorer ce
milieu apparemment désert ressemble à ce jeu d’enfant qui consiste à
découvrir des visages dans un dessin : plus vous regardez, plus vous
découvrez de visages.
Sur une pente sableuse, mille anguilles des jardins (Gorgasia sillneri),
vivent dans des galeries consolidées par du mucus. Pour se nourrir, elles
étirent presque entièrement leur corps svelte et argenté hors de leur trou.
Arquant leur corps, les yeux en alerte à la recherche de plancton, elles
s'inclinent et font la révérence, ploient et se balancent, exécutant une
danse sous l'orchestration d'un invisible courant, comme des cobras
ensorcelés par la flûte d'un charmeur de serpent.
Parfois, un petit tuba à pois dépassant du sable trahit la présence de
la sole de Moïse (Pardachirus mamoratus), qui repousse les requins. Ou
bien encore, une petite ouverture dans le sable, bordée de quatre canines,
s'avère être le siphon de l'une des diverses espèces de labres (Xyrichtys
sp.) — là vous le voyez, là il a disparu.
Si vous regardez le sable de près, là où les anguilles des jardins ont
disparu, vous vous apercevrez que les grains de sable s'animent, comme
le prélude à une éruption volcanique en miniature. Il faudrait mettre ces
78
La mer rouge
mâchoire d'aaer. Pendant la fournée, elles se cachent le plus
souvent dans des crevasses du réaf Bien quelles soient beaucoup
moins agressives que ne le laisse supposer leur aspect, elles
attaquent les plongeurs qui les provoquent.
gers du train fantôme dans une fête foraine. À présent, nous sommes en eau peu
profonde, pas plus de 4,50 mètres. Au-dessous de nous s’étend une grande zone
sableuse, et le courant s’est calmé.
Agenouillé sur le fond, j’aperçois une douzaine de gobies sortant la tête
du sable. Plus de cinquante espèces de gobies ont été répertoriées en mer Rouge
et il est difficile de distinguer les subtiles nuances qui les différencient. En regardant
de plus près l’un de ces poissons, de quelque 5 à 8 centimètres, je remarque dans
le même trou un crustacé (Alpheus sp.) qui produit de petits claquements. Encore
un exemple de relation symbiotique : le poisson, dont la vision est meilleure, détecte
les prédateurs qui s’approchent tandis que le crustacé entretient l’habitat commun
et débarrasse le sable à l’entrée. Ainsi survivent les deux protagonistes.
Je palme très lentement sur le fond sableux, en cherchant d’autres habitants
de ce milieu. Ces zones, en apparence si désolées, cachent en fait quelques-uns des
organismes les plus fascinants de Ras Muhammad. Depuis vingt ans, le Dr Clark
étudie les peuplements des pentes sableuses au pied des récifs :
Sur les fonds sableux nus et exposés de la mer Rouge, les poissons doivent
être beaucoup plus astucieux pour se protéger des ennemis. Explorer ce
milieu apparemment désert ressemble à ce jeu d’enfant qui consiste à
découvrir des visages dans un dessin : plus vous regardez, plus vous
découvrez de visages.
Sur une pente sableuse, mille anguilles des jardins (Gorgasia sillneri),
vivent dans des galeries consolidées par du mucus. Pour se nourrir, elles
étirent presque entièrement leur corps svelte et argenté hors de leur trou.
Arquant leur corps, les yeux en alerte à la recherche de plancton, elles
s'inclinent et font la révérence, ploient et se balancent, exécutant une
danse sous l'orchestration d'un invisible courant, comme des cobras
ensorcelés par la flûte d'un charmeur de serpent.
Parfois, un petit tuba à pois dépassant du sable trahit la présence de
la sole de Moïse (Pardachirus mamoratus), qui repousse les requins. Ou
bien encore, une petite ouverture dans le sable, bordée de quatre canines,
s'avère être le siphon de l'une des diverses espèces de labres (Xyrichtys
sp.) — là vous le voyez, là il a disparu.
Si vous regardez le sable de près, là où les anguilles des jardins ont
disparu, vous vous apercevrez que les grains de sable s'animent, comme
le prélude à une éruption volcanique en miniature. Il faudrait mettre ces
78
La mer rouge
