savons pas dans quelle direction nager. Nous sommes « perdus » dans le lac des
méduses. Cette idée nous séduit et durant quelques instants nous jouissons du charme
de la situation.
La pluie, comme c’est souvent le cas à cette latitude, s’arrête au bout de
quelques minutes. Le soleil chaud apparaît de nouveau et un arc-en-ciel balaie le
ciel. Maintenant, nous pouvons apercevoir le chenal de la mangrove, le chemin
de retour vers la civilisation — un pays minuscule perdu au milieu de l’eau.
Cl DESSUS À la fin de la nuit, les holothuries (ici Holothuria
fonkali) quittent leur repaire pour se nourrir. Plus de cinq cents
espèces ont été recensées. L une d’ entre elles abrite un petit
poisson de la famille des Carapidac, qui chaque jour pénètre par
l'anus dans son tube digestif pour se protéger des prédateurs. A
la tombée de la nuit, ce poisson quitte son abri pour fouiller le
récif.
PAGE 165 Les gorgones croissent perpendiculairement au sens
du courant dominant ; leurs milliers de polypes se trouvent ainsi
dans la meilleure position pour filtrer le plancton.
ALORS QUE NOUS NOUS APPRÊTONS à explorer un site nommé « Blue
Corner », la pluie revient, accompagnée d’un vent violent. Nous nous
équipons pour la plongée, tout en essayant de maintenir notre équilibre
sur le bateau qui tangue. Le capitaine conseille aux six plongeurs de l’équipe
de s’élancer rapidement les uns après les autres. Si nous attendons, dit-il,
le courant rapide nous éloignera trop les uns des autres, et il sera long
et difficile de récupérer les plongeurs à la fin de l’exploration.
Nous plongeons et commençons notre descente le long du tombant
avec un courant de deux nœuds qui nous emporte rapidement. J’ai déjà
plongé dans des courants, mais jamais aussi forts que celui-ci. Je voudrais
m’arrêter pour photographier les gorgones en éventail ou en filaments,
les coraux mous, les poissons et les anémones de mer, mais il n’en
n’est pas question.
Après quinze minutes de plongée, nous atteignons Blue Corner. Le courant
est moins violent et je me stabilise en m’accrochant à un corail mort. Comme
toujours, je prends garde de ne pas toucher les coraux vivants, trop fragiles.
Au-dessus de moi, un banc de quelques centaines de barracudas nagent en
cercle, comme des vautours au-dessus d’une proie. En regardant au large, j’aperçois
une dizaine de requins de récif qui patrouillent et observent ces étranges visiteurs
sur leur territoire de chasse. Sur ma gauche, de grands bancs de balistes, ou poissonsgâchettes, et de poissons-papillons nagent en formation serrée. Leur nombre est
pour eux un gage de sécurité. A ma droite, un banc de carangues, comme figés
dans la lumière. Je suis si impressionné par ces images que j’en oublie presque mon
appareil photo.
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Palau
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