Lorsque le Lac des Méduses a été séparé de la mer, les méduses
(Mistigias palau) se sont trouvées prisonnières des eaux chaudes
et peu profondes. Ces cnidaires, qui se comptait par milliers, ne
sont pas une menace pour les nageurs. Vivant dans un habitat
dépourvu de prédateurs, elles ont depuis longtemps perdu leur
faculté de piqua.
de long, au sud-est de Koror, la capitale. Tandis que je porte deux lourdes caméras
sous-marines, chacune équipée de deux flashes, Susan, enceinte de trois mois, nous
suit avec deux grands paniers contenant notre matériel de plongée.
Sur le chemin tortueux et déchiqueté, hérissé de squelettes coralliens
tranchants, nous devons marcher avec précaution, d’autant que nos bras entravés
ne nous permettent pas de garder notre équilibre. C’est peut-être mieux ainsi, car
on dit que sur l’île poussent des arbres venimeux qui causent de sévères réactions
allergiques lorsqu’on les touche. Nous progressons lentement.
La température n’est que de 26 °C, mais il y a tellement d’humidité que
mes lunettes sont embuées. Au sommet d’une crête, entourés de plantes grimpantes,
nous soufflons un peu, et jouissons des bruits de la forêt — le bourdonnement des
insectes, l’appel de la frégate et le cri strident des perroquets chamarrés.
Puis nous commençons la descente. Peu à peu, les lacs marins se dessinent
à travers les arbres. Peut-être aurons-nous la chance de voir le crocodile marin dont
on nous a tant parlé ?
Cinq minutes plus tard, nous atteignons les rives du lac, bordées d’une
mangrove épaisse. Après une brève recherche, nous trouvons un chenal étroit et
enfilons notre matériel de plongée.
Susan aperçoit une méduse solitaire et me fait signe ; je la rejoins pour
admirer cette créature merveilleuse de la taille d’un melon. Après avoir pris plusieurs
photos, j’entends Susan « m’appeler » à nouveau. Apparemment, il y en a des
centaines plus loin. En effet, nous sommes bientôt complètement entourés de
méduses. Elles nagent dans toutes les directions et nous heurtent comme elles se heurtent entre elles. Nous « devenons gluants », selon l’expression des familiers du lac.
« Devenir gluant » est actuellement un plaisir dans cette eau chaude et salée
— comme un massage avec de la gelée chaude. En tout cas, cela vaut mieux que
de se faire piquer. Mais il n’y a pas de crainte à avoir. Isolées des prédateurs de
la pleine mer, ces méduses ont perdu depuis longtemps cette faculté et sont
dépourvues de tentacules urticants.
Soudain, il commence à pleuvoir — une pluie forte, rapide et presque
horizontale. Il est temps de rentrer, mais depuis le centre de ce lac de forme presque
parfaitement ovale, la mangrove forme un mur vert uni sous la pluie ; nous ne
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