La vif qui se développe autour des sources hydrothermales attire
des créatures familières. Sous des pressions de 250 atmosphères,
un poulpe fait un repas de crabes et de moules. (© Jack
R. Dymond, Oregon State University).
n’a pas dû beaucoup changer depuis que la vie est apparue dans les océans.
Le pilote allume les projecteurs extérieurs pour les manœuvres d’approche
du fond, et ce qui était un trou sombre, étrange mais serein, devient soudain un
brouillard opaque et aveuglant. À l’intérieur de YAlvin, l’activité s’intensifie dans
la sphère à pression atmosphérique, cette sphère en titane où trois d’entre nous
s’entassent durant les dix heures de plongée. Nous préparons les caméras et les
enregistreurs, pour commencer à collecter les données.
Nous observons au sonar le fond et les alentours pour ne pas heurter une
falaise ou un affleurement volcanique, et nous appelons, par le téléphone sous-marin,
le bateau de surface pour signaler que nous approchons du fond.
À présent, le fond n’est plus qu’à une vingtaine de mètres sous YAlvin.
De vagues formes apparaissent dans le cône de lumière projeté par nos projecteurs
extérieurs, des formes qui rappellent les paysages volcaniques d’Hawaï ou d’Islande.
Le terrain est un enchevêtrement de coulées de lave volcanique entrelacées, formant
des figures boursouflées depuis le traversin jusqu’au coussin rond de presque 1 mètre
de diamètre, surmontées de coulées qui évoquent celles des tubes de dentifrices et
semblent s’étendre dans toutes les directions. La surface de la lave est d’un noir
de jais et la croûte superficielle scintille sous les projecteurs. Sur le côté, nous
observons également une large étendue de couleur beige, aussi plate qu’une table
de billard. Les propulseurs soulèvent un nuage de poussière de sédiment carbonaté
et révèlent la surface noire d’un lac de lave, qui s’est figé presque immédiatement
après son éruption, au contact de l’eau glacée du fond.
L’apparition de quelques galathées, crustacés d’aspect féroce, annonce une
modification du milieu ; la tension du pilote et de l’équipage de YAlvin devient
presque palpable. Le sédiment est maintenant d’un ocre clair et nous pouvons voir
de nombreuses galathées autour des escarpements volcaniques. « Nous arrivons dans
la banlieue », dit quelqu’un pour détendre l’atmosphère. Maintenant, il y a des crabes
blancs partout ainsi que de grands mollusques bivalves blancs et des moules brunâtres
dans chaque crevasse. Quelques coulées de lave semblent porter une courte barbe
blanche : les tubes des serpulidés.
Rachel note que l’eau paraît laiteuse au loin, et à peine a-t-elle fini sa phrase
que nous apercevons de grandes colonies de vers blancs dont les tubes sont surmontés
144
Une Oasis au Cœur des abysses
des créatures familières. Sous des pressions de 250 atmosphères,
un poulpe fait un repas de crabes et de moules. (© Jack
R. Dymond, Oregon State University).
n’a pas dû beaucoup changer depuis que la vie est apparue dans les océans.
Le pilote allume les projecteurs extérieurs pour les manœuvres d’approche
du fond, et ce qui était un trou sombre, étrange mais serein, devient soudain un
brouillard opaque et aveuglant. À l’intérieur de YAlvin, l’activité s’intensifie dans
la sphère à pression atmosphérique, cette sphère en titane où trois d’entre nous
s’entassent durant les dix heures de plongée. Nous préparons les caméras et les
enregistreurs, pour commencer à collecter les données.
Nous observons au sonar le fond et les alentours pour ne pas heurter une
falaise ou un affleurement volcanique, et nous appelons, par le téléphone sous-marin,
le bateau de surface pour signaler que nous approchons du fond.
À présent, le fond n’est plus qu’à une vingtaine de mètres sous YAlvin.
De vagues formes apparaissent dans le cône de lumière projeté par nos projecteurs
extérieurs, des formes qui rappellent les paysages volcaniques d’Hawaï ou d’Islande.
Le terrain est un enchevêtrement de coulées de lave volcanique entrelacées, formant
des figures boursouflées depuis le traversin jusqu’au coussin rond de presque 1 mètre
de diamètre, surmontées de coulées qui évoquent celles des tubes de dentifrices et
semblent s’étendre dans toutes les directions. La surface de la lave est d’un noir
de jais et la croûte superficielle scintille sous les projecteurs. Sur le côté, nous
observons également une large étendue de couleur beige, aussi plate qu’une table
de billard. Les propulseurs soulèvent un nuage de poussière de sédiment carbonaté
et révèlent la surface noire d’un lac de lave, qui s’est figé presque immédiatement
après son éruption, au contact de l’eau glacée du fond.
L’apparition de quelques galathées, crustacés d’aspect féroce, annonce une
modification du milieu ; la tension du pilote et de l’équipage de YAlvin devient
presque palpable. Le sédiment est maintenant d’un ocre clair et nous pouvons voir
de nombreuses galathées autour des escarpements volcaniques. « Nous arrivons dans
la banlieue », dit quelqu’un pour détendre l’atmosphère. Maintenant, il y a des crabes
blancs partout ainsi que de grands mollusques bivalves blancs et des moules brunâtres
dans chaque crevasse. Quelques coulées de lave semblent porter une courte barbe
blanche : les tubes des serpulidés.
Rachel note que l’eau paraît laiteuse au loin, et à peine a-t-elle fini sa phrase
que nous apercevons de grandes colonies de vers blancs dont les tubes sont surmontés
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Une Oasis au Cœur des abysses
