PARTIE 4 | Histoire de la Terre et de l’Univers
FOCUS
Notion de contingence : l’exemple de la faune de Burgess
« Venu dans ce monde, ne sachant ni pourquoi ni d où, comme coule sans le savoir I eau du ruisseau, Et
en sortant, je ne sais pour quel lieu, comme souffle sans le vouloir le vent dans le désert. » Omar Khayyam,
cité par Stephen Jay Gould.
Le spectaculaire site fossilifère de Burgess (schistes —525 à —510 Ma, Colombie Britannique, Canada),
compte 80 000 fossiles décrivant 170 espèces différentes, dont certains des premiers représentants de
types aujourd’hui majeurs d’Arthropodes (Chélicérates (Sanctacaris), Crustacés (Canadaspis, mais également des Arthropodes ayant disparu ultérieurement (Trilobitomorphes (Marella)) ou n’appartenant à
aucun des taxons connus plus tard. Par exemple Opabinia, avec ses cinq yeux au sommet de la tête, et sa
« trompe » munie d’une pince, et Anomalocaris, le plus gros animal connu pour cette période (prédateur
de 50 cm de long). D’autres clades actuels sont déjà représentés dans la faune de Burgess : les Chordés
(Pikaia), les Vers priapuliens (Otto/o) et polychètes (Canadia), les Mollusques (Wiwaxia et Odontogriphus)
et les Onychophores : Aysheaia, et Hallucigenia (figure 14.7), avec ses quelques millimètres de long, ses
sept paires de pattes-tentacules dotées de pinces au bout, et ses sept paires de pics sur le dos.
Figure 14.7 Hallucigenia, Anomalacaris et Opabinia.
Les conditions et évolutions environnementales ont sans doute fait que certaines formes ont continué
à prospérer, ont été sélectionnées alors que d’autres non. Si les conditions avaient été différentes, les
taxons disparus ou survivants n’auraient pas été les mêmes, et par conséquent, les espèces peuplant la
Terre à l’heure actuelle ne seraient pas les mêmes. Les films La vie est belle de Capra ou Retour vers le futur
de Zemeckis donne une bonne analogie de ce principe. Ce hasard des conditions environnementales est
une partie de ce qu’on appelle la contingence. La contingence est la part du hasard dans l’évolution. Elle
inclut aussi le fait que certains caractères perdurent sans pour autant avoir été sélectionnés pour leur
fonction, aboutissant éventuellement à des évolutions fortuites (processus d’exaptation, par exemple les
plumes servant d’isolant thermique puis chez certains clades pour le vol). L’évolution du vivant est par
conséquent imprévisible, on peut même la qualifier de « bricolage évolutif » des structures existantes,
se jouant au hasard des contraintes écologiques et environnementales.
L’évolution peut être vue comme un buisson continuant à se diversifier, mais aussi perdant parfois de
nombreuses branches principales, voire sans progression régulière. Les exemples classiques cités pour
appuyer la notion d’évolution linéaire sont en fait des clades mal en point, et un registre fossile parcellaire,
à l’instar du Cheval, ou des Humains, qui ne sont plus représentés par une seule espèce alors qu’il y a 1
à 4 Ma les espèces des Homininés étaient plus nombreuses (voir sections 3.4.2 et 3.4.3).
Dans toutes les strates du Primaire, on peut trouver des fossiles présentant trois
parties longitudinales (deux plèvres et un rachis central) et trois transversales :
un céphalon (« tête ») plus ou moins arrondi, un thorax et un pygidium (voir
page suivante). Ce sont des fossiles de Trilobites, des animaux marins majoritairement benthiques (vivant au fond de l’eau). Leurs fossiles sont fréquents
dans les couches datant du Cambrien et de l’Ordovicien. Ils constituent un clade
très diversifié : des milliers d’espèces connues. Les Trilobites disparaissent à
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