L GÉNÉRALITÉS : Marc TRAVERS
La notion de biocénose, originellement définie en milieu benthique, est
souvent plus difficile à appliquer dans les écosystèmes pélagiques, surtout en mer.
En effet le plancton, par définitior^/est incapable de résister aux mouvements du
milieu qui le porte, de telle sorte que les organismes dont il est composé ne peuvent
guère maintenir une structure très organisée, comme celle d'une véritable
biocénose. Certes les masses d'eau où vit le plancton peuvent théoriquement
convoyer la structure dans sa globalité, mais ces masses se mélangent plus ou moins
avec les eaux adjacentes et leurs propriétés physiques et chimiques se modifient peu
à peu au cours des déplacements.
Il convient aussi de remarquer qu'en réalité il existe pour de nombreux
planctontes .une certaine mobilité propre par rapport au milieu vecteur et que la
frontière entre plancton et necton est non seulement arbitraire mais variable en
fonction de l'intensité des courants. Il y a donc en milieu pélagique un véritable
gradient de passivité des organismes qui s'oppose également à la permanence d'une
organisation biocénotique.
L'autonomie de déplacement est particulièrement réduite pour les
organismes unicellulaires du phytoplancton et du zooplancton et n'y concerne
guère que les phyto - ou zoo - flagellés et les ciliés. En milieu naturel leurs
mouvements relatifs sont probablement restreints à quelques mètres de migrations
verticales, le plus souvent en relation avec l'alternance des jours et des nuits.
Par conséquent, alors que le concept de biocénose stricto sensu demeure
applicable au plancton de petites étendues d'eaux douces ou saumâtres (milieux
lentiques), il l'est moins dans les eaux courantes (milieux lotiques) ou dans la
plupart des écosystèmes marins, surtout au niveau de la couche euphotique, le seul
densément habité par le phytoplancton, et celui où le milieu présente la plus grande
variabilité spatio-temporelle. Pour le plancton, il est donc généralement plus
adéquat de considérer des communautés ou des assemblages, que des biocénoses
véritables où les interactions entre espèces sont plus stables et probablement plus
diverses et plus importantes.
Plutôt que de s'attacher aux menaces de disparition de biocénoses, on pourra
rechercher les modifications intervenues ou susceptibles d'intervenir dans la
composition des peuplements, soit par disparition, au moins locale, de certaines
espèces, éventuellement remplacées par d'autres, soit par des changements
significatifs de l'abondance relative des espèces, qu'il s'agisse de la régression de
certaines, ou au contraire du développement massif, et parfois nuisible, d'autres
espèces.
L étude de la totalité d'une biocénose ou d'une communauté, même
lorsqu'elle est très stable et structurée, est très difficilement réalisable (et donc
rarement réalisée) en raison de la grande diversité taxinomique et dimensionnelle
des êtres vivants qui la constituent. En effet une telle diversité exige à la fois le
recours à des systématiciens aux spécialités complémentaires, et à différentes
techniques d étude, aussi bien au stade de la récolte des échantillons qu'à celui des
identifications et dénombrements.
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