INTRODUCTION
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INTRODUCTION
On estime que la succession historique des principaux types de pêche n'est pas indépendante des grandes
tendances climatiques. L'essor de la pêche de la morue à Terre-Neuve à partir du XVI
e siècle, correspond au déclin des
sécheries bretonnes de poisson, à une extraordinaire abondance de morue autour de Terre-Neuve, mais aussi au désir
de découverte d'autres lieux de pêche, voire d'autres terres.
On ne sait pas très bien si l'île de Terre-Neuve (fig. 1) et le Grand-Banc, découverts vers la fin du IX
e siècle
par les Normands, le furent à la suite de guerres ou de tempêtes ou en vue de la pêche. Les sagas d'Islande du X
e
siècle mentionnent le Groenland, le Helluland, le Markland et le Vinland. Il semblerait que le Helluland soit le Labrador,
le Markland, Terre-Neuve, et le Vinland, la région du cap Cod. Puis, les Normands et leur drakkars oublièrent peu à peu
le chemin du Nouveau Monde.
Au XII
e siècle, les Basques traversent l'Atlantique à la poursuite des baleines et redécouvrent à nouveau le
Grand-Banc, comme un remarquable fond de pêche (Le Danois, 1924). Dès l'an 1200, Harfleur, Honfleur, Dieppe, SaintValéry-en-Caux, Caen et Fécamp connaissent la morue et ont des ateliers de salaison. On pêche alors ce poisson dans
la Manche, et sa conservation par le sel compense la pénurie de viande et de légumes. Mais, à partir de 1350,
l'abondance de morue diminue, la température des eaux de la Manche se modifie et le poisson déserte cette zone (du
Rin, 1936).
Au XIV
e siècle, les Basques redécouvrent Terre-Neuve qu'ils appellent "Terra-Bacalaos" c'est-à- dire le Pays
des morues. Ils peuplent l'île de Cap-Breton en Nouvelle-Ecosse et s'établissent au sud-ouest de Terre-Neuve (Le
Danois, 1924).
Au XV
e siècle, les Bretons et les Normands rejoignent les Basques. A la fin du siècle, le 24 juin 1497, les
Génois Giovanni Caboto et son frère ne font en fait que redécouvrir l'île de Cap-Breton. Ensuite, vers 1500-1502, les
Portugais arrivent au Labrador et à Terre-Neuve. En 1506, Jean Denys de Honfleur et Thomas Aubert de Dieppe
naviguent du côté du cap Bonavista à Terre-Neuve. A partir de cette époque, débutent les voyages pour la capture des
morues et des bateaux quittent régulièrement Dieppe, Saint-Malo, La Rochelle, Honfleur, etc.. (Julien, 1948).
Enfin, vers 1550, les marins de Dunkerque s'aventurent en mer du Nord et retrouvent sur le Dogger Bank, la
morue qui avait déserté la Manche (du Rin, 1936).
La pêche de la morue et la découverte des "Terres-Neuves", avec l'extraordinaire, abondance de poisson que
les marins y ont trouvé, marquent le début d'une poussée formidable vers l'Atlantique du Nord-Ouest, qui ne diminuera
qu'au XX
e siècle. La pêche de la morue, qui fut source de nombreux conflits et traités, fut en outre soumise au cours
des siècles aux variations et rigueurs du climat, aux événements de société, à l'évolution technologique des armements.
Cet ouvrage replace cette grande activité économique qu'à été la pêche de la morue au cours des siècles
passés, dans son contexte climatique et humain. Cette synthèse, issue de la reconstitution de séries chronologiques de
captures, permettra d'évoquer le rôle des divers facteurs qui sont intervenus sur les pêches. Nous avons choisi, comme
cadre chronologique de ce travail, l'année 1500 correspondant au début des explorations et l'année 1950, date
conventionnelle de la fin de la pêche traditionnelle de la morue.
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