IS
J.-P. Troadcc
- l'intensification des cultures, facilitée par le progrès technique : outillage en fer,
charrue à roue, collier d'attelage ;
- le contrôle de l'accès et la régulation du taux de pâturage sur les communaux ;
- la parcellisation de l'espace et l'extension de la propriété individuelle ;
- malgré cela, une montée des antagonismes entre forestiers, pasteurs et
paysans ; entre élevage seigneurial et élevage paysan ; entre ceux qui "voulaient
sauvegarder les droits collectifs de parcours et de dépaissance sur l'ensemble du
terroir", et ceux qui "s'efforçaient de préserver les cultures permanentes, à la fois
symboles d'appropriation individuelle et obstacles au libre parcours du bétail" ; "le
XlIIème siècle devint pour cela le temps des longs procès".
Simultanément, les rapports de production se modifient. Dans les relations entre
exploitants et propriétaires, les rapports économiques gagnent lentement sur les
rapports sociaux :
- emploi graduel du numéraire pour le règlement des charges paysannes et,
notamment, des droits d'usage de la terre, jusqu'alors effectué en nature et
prestations de services ;
- utilisation de la valeur foncière comme base d'échange de la terre ;
- les droits de propriété deviennent héritables ; accordés initialement pour "deux
ou trois vies", ils deviennent progressivement permanents ;
- finalement, "l'approbation qu'il fallait, avant toute aliénation, solliciter des
lignagiers ou du seigneur féodal devint vite une formalité".
"De multiples forces se conjuguaient pour délivrer la terre des multiples entraves
qui faisaient obstacle à sa mobilité" (Duby 1962). Le code de possession ne se fonde
plus sur l'autorité, mais sur la monnaie, moyen d'échange et d'accumulation ; la force
disparaît au profit de la concurrence. Même si l'évolution s'est faite très graduellement,
elle est qualitativement fondamentale. Par rapport aux sociétés féodales et coutumières,
les échanges et les rapports de production passent des sujets aux objets. La terre
devient, à côté du travail et du capital, le troisième facteur de production. Elle s'échange
sur la base de sa valeur d'usage. "La terre, le travail et le capital représentent, en lani
que facteurs de production, en tant qu'entités économiques, impersonnelles el
déshumanisées, ... des concepts aussi modernes que le calcul infinitésimal" (Heilbronei
1980).
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J.-P. Troadcc
- l'intensification des cultures, facilitée par le progrès technique : outillage en fer,
charrue à roue, collier d'attelage ;
- le contrôle de l'accès et la régulation du taux de pâturage sur les communaux ;
- la parcellisation de l'espace et l'extension de la propriété individuelle ;
- malgré cela, une montée des antagonismes entre forestiers, pasteurs et
paysans ; entre élevage seigneurial et élevage paysan ; entre ceux qui "voulaient
sauvegarder les droits collectifs de parcours et de dépaissance sur l'ensemble du
terroir", et ceux qui "s'efforçaient de préserver les cultures permanentes, à la fois
symboles d'appropriation individuelle et obstacles au libre parcours du bétail" ; "le
XlIIème siècle devint pour cela le temps des longs procès".
Simultanément, les rapports de production se modifient. Dans les relations entre
exploitants et propriétaires, les rapports économiques gagnent lentement sur les
rapports sociaux :
- emploi graduel du numéraire pour le règlement des charges paysannes et,
notamment, des droits d'usage de la terre, jusqu'alors effectué en nature et
prestations de services ;
- utilisation de la valeur foncière comme base d'échange de la terre ;
- les droits de propriété deviennent héritables ; accordés initialement pour "deux
ou trois vies", ils deviennent progressivement permanents ;
- finalement, "l'approbation qu'il fallait, avant toute aliénation, solliciter des
lignagiers ou du seigneur féodal devint vite une formalité".
"De multiples forces se conjuguaient pour délivrer la terre des multiples entraves
qui faisaient obstacle à sa mobilité" (Duby 1962). Le code de possession ne se fonde
plus sur l'autorité, mais sur la monnaie, moyen d'échange et d'accumulation ; la force
disparaît au profit de la concurrence. Même si l'évolution s'est faite très graduellement,
elle est qualitativement fondamentale. Par rapport aux sociétés féodales et coutumières,
les échanges et les rapports de production passent des sujets aux objets. La terre
devient, à côté du travail et du capital, le troisième facteur de production. Elle s'échange
sur la base de sa valeur d'usage. "La terre, le travail et le capital représentent, en lani
que facteurs de production, en tant qu'entités économiques, impersonnelles el
déshumanisées, ... des concepts aussi modernes que le calcul infinitésimal" (Heilbronei
1980).
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