22 - Eléments pour une autre stratégie
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chaque population se retrouvent année après année, en un lieu et à une date stables,
spécifiques de chacune d'elles. Chez les espèces à cycle ontogénique complexe, la
conservation d'un effectif indispensable à la pérennité de la population se pose en des
termes différents à chacun des stades successifs du cycle de vie. Elle esl
particulièrement critique au cours des phases pélagiques précoces au cours desquelles
les organismes sont exposés à une forte dispersion par advection et turbulence, alors
que leurs capacités de déplacement horizontal sont négligeables. Ce serait par le
couplage de comportements particuliers (notamment les migrations verticales
cycliques), adaptés aux structures hydrodynamiques qu'elles ont colonisées, que les
populations réussiraient à boucler leur cycle de reproduction. Les comportements
sélectionnés doivent résoudre ce problème à travers les fluctuations interannuelles du
régime hydrologique.
Les solutions adoptées par chaque espèce et, au sein de celles-ci, par chaque
population expliqueraient le nombre de populations que compte chaque espèce, la
répartition géographique des phases concentrées et vulnérables à la dispersion (frayères
et zones de rétention des oeufs et des larves) spécifiques des différentes populations,
leur abondance moyenne (fonction des dimensions des structures hydrodynamiques
porteuses), tandis que la variabilité du recrutement refléterait les pulsations
interannuelles des structures hydrodynamiques habitées. Ainsi, l'identification
simultanée des comportements et des structures hydrodynamiques discrètes colonisées
par chaque population constituerait un préalable à l'étude des causes de variabilité des
populations. Chez les espèces à cycle ontogénique complexe, plus exposées à la
dispersion, la pérennité des populations serait un impératif plus contraignant que la
maximisation de la biomasse. L'effectif absolu primerait sur la densité pondérale. La
fécondité serait une réponse à la nécessité de persistance face aux pertes par dispersion,
plus qu'un moyen de colonisation par la maximisation de cette fonction.
Jusqu'à présent, la validation de cette théorie repose essentiellement sur la
cohérence du schéma explicatif, dans lequel s'emboîtent une grande variété
d'observations et de concepts. Elle fournil un schéma puissant pour la conception des
investigations sur le recrutement : ces dernières devraient partir des populations pour
identifier, puis quantifier, les contraintes que les stratégies démographiques onl à
surmonter au cours des phases successives de l'ontogenèse. Face à un ensemble donne
clc forces contraires, chaque espèce sélectionne ses propres réponses et chaque
population ses propres variantes. Ainsi, Pinlernalisation, par la viviparité par exemple,
des phases pélagiques vulnérables serait une réponse aux contraintes de la dispersion cl
de la reproduction sexuée. Toutefois les couplages population/environnement ne sont
pas forcément circonscrits aux phases pélagiques précoces. La coquille Saint-Jacques
(chapitre 9) donne un exemple de liaison portant en partie sur la gamétogénèse.
Cette théorie remet en question certains présupposés théoriques fondamentaux
et a des implications pratiques considérables :
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