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M.H. Glantz
ne fournit une méthode, ou des critères objectifs, pour la gestion des ressources
halieutiques.
Les manifestations de la surpêche sont bien documentées. Les biologistes
distinguent la "surpêche par la croissance" et la "surpêche par le recrutement". La
première correspond à une baisse de l'espérance de production de chaque cohorte par
la capture prématurée des jeunes qui la composent. La seconde correspondrait à un
déclin du recrutement moyen des cohortes successives, par réduction excessive du stock
géniteur (Cushing 1977).
Les économistes mettent l'accent sur la nature commune de l'exploitation des
ressources halieutiques. La liberté d'accès fait que la taille des flottilles finit, tôt ou tard.
par excéder la productivité de la ressource. Lorsque celle-ci vient à décliner, il peut être
encore intéressant pour les pêcheurs de continuer à opérer, même si leurs gains ne
dépassent pas le seuil de subsistance. Mais, alors, la production du secteur ne pourra
que continuer à décliner et, un jour ou l'autre, la pêcherie se révélera incapable de
supporter tous les pêcheurs en compétition pour une ressource de moins en moins
abondante.
La liste des facteurs potentiels de surpêche ne s'arrête pas là. On peut y inclure
le déficit de l'offre mondiale et la montée des prix des produits de la mer qui en résulte,
l'adoption de nouvelles techniques réduisant le coût de production, la difficulté pour les
pêcheurs de quitter une pêcherie qu'ils connaissent bien et d'où les investissements
qu'ils y ont fait ne peuvent être qu'en partie remobilisés (chapitres 15 et 18). Plusieurs
de ces facteurs peuvent se conjuguer dans des enchaînements pervers. Ainsi, la liberté
d'accès, la mobilité différentielle du capital et du travail évoquée précédemment, la
variabilité - de la ressource, mais aussi des marchés, du coût de l'énergie et des taux
d'intérêt - et la faible capacité à la prédire, font que les périodes fastes contribuent à
l'apparition de surcapacités qui accentueront la surpêche lorsque le stock viendra à
décliner ("phénomène de cliquet"), à l'image du scénario décrit pour la "grande
sécheresse du Sahel".
Comme l'illustre une évaluation récente de la pêcherie sardinière de Californie
(Radovich 1981), distinguer dans ces conditions l'influence négative de la variabilité
naturelle de celle de la surpêche est difficile, mais se contenter de fonder un diagnostic
sur la seule analyse des effets de la pêche est insuffisant : qu'elle que soit la valeur des
arguments montrant que la surpêche risque de conduire à la disparition d'une pêcherie,
une incertitude demeure sur le rôle des facteurs naturels, et les décideurs prendront
souvent prétexte de l'incertitude affectant des facteurs incontrôlables pour différer des
mesures, certes difficiles, mais portant sur des facteurs contrôlables.
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