18
Jean-Louis Durand, Henri Famtgio et Michel Lemoine
En rappel à propos des armements hauturiers de type industriel, on avait pu
définir une logique assez simple reposant sur le principe de libre fréquentation de zones
de pêche et d'une exploitation maximale d'une ressource librement accessible. Il
s'agissait d'un objectif fort, recherché même au prix de pertes (subventions). Cependant
les perspectives d'une telle stratégie résistent mal aux modifications du contexte
réglementaire international, à la raréfaction des ressources, et aux critères de
rentabilisation des activités. Pour les pêcheries artisanales, sans chercher à choisir
délibérément entre les différentes dynamiques possibles, l'observateur peut constater un
certain nombre de caractéristiques communes :
- caractère particulièrement dense du monde professionnel, résultat d'une longue
évolution dans l'exploitation devenue intensive d'écosystèmes aquatiques ; cette densité
s'exprime par le nombre des intervenants, l'homogénéité de leurs pratiques aboutissant
à des comportements de groupes contrastés, participant à la réputation locale des
différentes flottilles ;
- bien que modifié par les innovations techniques, le fondement des équilibres
iradilionnels, de nature sociologique el économique, persiste el doit être considéré
comme riche d'enseignement en matière de gestion ;
- la flexibilité, au sens de faculté à saisir des opportunités et à s'accommoder aux
circonstances ; c'est-à-dire, en termes de pêche, à pouvoir évoluer vite selon les
incitations externes favorables ou défavorables (fluctuations d'abondance, coûts
d'énergie, d'argent, régimes d'aides, marchés, innovations, mesures réglementaires,...) ;
- la polyvalence, qualité qui s'applique surtout à l'outil de travail et qui traduit sa
capacité à remplir plusieurs fonctions ou à mener plusieurs activités, soit en séquence,
soit simultanément, comme c'est souvent le cas pour les petites unités ;
- l'opportunisme, attitude du pêcheur qui l'amène à modifier sa conduite selon les
circonstances et à en tirer parti, en sachant subordonner ses motivations stratégiques
aux conjonctures.
La polyvalence et la flexibilité sont des caractéristiques qui touchent plus
particulièrement l'outil de travail et qui paraissent d'autant plus poussées que les unités
sont petites. 11 est courant, par exemple, de voir des unités de petite pêche non pontées
pratiquer simultanément 3 ou 4 métiers, compensant ainsi saisonnièrement une forte
dépendance vis-à-vis des conditions météorologiques. Les plus grandes unités disposent
aussi d'une polyvalence grâce aux enrouleurs de chaluts par exemple, qui permettent
d'utiliser alternativement plusieurs types d'engins durant la même journée ou la même
marée.
604
Précédent

- 603/821

Suivant