Bioaccumulation
et épuration des toxines
paralysantes chez différents
bivalves comestibles
Deux études expérimentales ont été réalisées. Il
s'agissai t d'évaluer :
-les cinétiques d' accumulation et d' épuration des
toxines prod uites par A. minutum (souche française) chez deux types de bivalves, la moule et la
palourde, et pour la chair totale ;
- les cinétiques qualitatives et quantitatives d'épuration des toxines d' A. tamarense (souche japonai se) dans les différents tissus de la coquille
Sa int-Jacques, Pecten maximus.
Depuis 1988, des eaux rouges à Alexandrium
minutum Halim se développent sporadiquement
su r le littoral nord breton (France), et entraînent
une accumul ation de toxi nes paralysantes chez
les coquillages des zones contaminées, essentiellement des moules et des huîtres (Nezan et Piclet,
1989 ; Frémy et al., 1989 ; Erard-Le Denn, 1991 ).
La rapidité des épisodes de contamination sur les
côtes frança ises a soulevé plusieurs questions sur
les processus de bioaccumulation des toxines : le
phénomène d'ea u rouge (plusieurs millions de
cellules par litre) était-il indispensable à la contamination des bival ves ? Pouvait-il y avoir bioconversion des GTX2/ GTX3 en STX, induisant par la
même une toxicité plus forte dans les
coquillages ? Quels étaient les délais et les conditions nécessai res à l'épuration complète des
coquillages toxiques ?
À partir d' une c ulture monospécifique mais non
axénique d'A. minutum isolée en baie de Morlaix
(IFREMER, DEL/ EC), plusieurs expériences de
contamination/décontamination ont été réalisées
afin de pouvoir répondre à ces questions . Les
bivalves-tests choisis ont été la moule (Mytilus
edulis) et la palourde (Ruditapes phi/ippinarum),
comme indicateur quasi-universel de contamination par les phycotoxines dans le premier cas, et
comme espèce dont l' introduction en Bretagne
nord est envisagée, dans le second cas.
Bioaccumulation
Les cultures d'A. minutum ont été réalisées à 16 oc
(photopériode 12/12) en eau de mer naturelle filtrée sur Millipore 0,22 IJm, enrichie en solution
nutritive F/ 2 de Guillard et de salinité 30 o/oo. La
chlorophycée non toxique utilisée pour l'épuration, Tetraselmis suecica, a été cultivée dans des
conditions identiques mais avec un mil ieu de culture différent (E. S. de Provasol i). Les moules
(4,25 cm) et les palourdes expérimentées (3,5 cm)
provenaient respectivement des îles Chausey et de
la baie de Bourgneuf. Elles ont été placées en flux
continu (5 l.h- 1 ) avec un apport en cellules de 100,
150 et 700 cellules.ml- 1 au cours des trois expériences respectivement réalisées sur moules,
palourdes et moules (épuration).
Au cours de la dernière expérience (épuration),
deux régimes non toxiques ont été testés, soit
1 000 et 10 000 cel lules.ml- 1 de T. suecica. La
chair des coq uillages est extraite avec HCI 0,1 N
à fro id et les cultures avec CH3COOH 0,03 N à
froid, après sonication. L'analyse est ensuite réalisée en CLHP-AI en phase inverse avec dérivation
post-colonne, selon la méthode décrite par Sullivan et Wekell, 1986.
Dans la première expérience sur les moules, une
concentration d'A. minutum inférieure d' un facteur 1 0 à 30 aux concentrations rencontrées en
zone côtière pendant les épisodes d' eau rouge, a
été utilisée. Les résu ltats montrent néanmoins une
contamination rapide permettant de dépasser en
12 jours le seuil sanitaire de 80 j.Jg.1 00 g · 1 de
c hair. La décontamination, à partir d' un maximum de 174 IJg.éq . STX.100 g- 1 , est également
rapide, avec néanmoins une phase lente au 25e
jour d' expérience, phénomène déjà noté lors
d' expériences sim ilaires pratiquées avec une
autre espèce d' Alexandrium toxique (lassus et al.,
1989, 1993).
Les palourdes exposées à des concentrations sept
fois plus importantes d'A. minutum présentent
une contamination plus élevée en 1 0 jours
(150 j.Jg.éq. STX.1 00 g· 1 ) bien que la consommation soit seu lement 1,5 fois plus importante en
moyenne que celle des moules dans les mêmes
conditions. Le maximum atteint en 15 jours est
de 186 1-18 équiv. STX 100 g1 , soit peu différent
du maximum atteint avec les moules pour une
concentration algale beaucoup plus faible.
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