Physiologie alimentaire
d'huitres nourries avec des
producteurs de toxines
paralysantes
Selon de nombreuses observations (Shumway et
al., 1990 ; Quayle, 19&9 ; Sparks et al., 1962 ;
Bardouil et al., 1993) les huîtres sont considérées
comme plus sensi bles que les autres coqui llages
aux microalgues productrices de phycotoxines,
en particulier les toxines paralysantes (PSP).
Pour éva luer l' importance relative des effets de
microalgues toxiques du genre Alexandrium dans
un régime alimentaire standard, l' huître (Crassostrea gigas) a donc été choisie comme modèle de
con tamination . Les expériences réalisées ont visé
à comparer la physiologie alimentaire de ce
bivalve en présence d' une espèce alga le non
toxique de référence (Thalassiosira weissflogi,) ,
d' une espèce très toxique (A. tama rense, 7 200 ng
STX éq/1 0 6 cellu les), et de mélanges en proportions 50/50 ou 90/10 de ces deux microa lgues.
Les résu Itats ont été comparés avec ceux obtenus
pour des mélanges identiques où la souche d'A.
tamarense toxique était remplacée par une
souche non toxi que.
Les essais ont été réalisés en circuit ouvert (flux
continu) avec un système expérimental (Bari lié et
al., 1993), semblable à celui utilisé pour l'étude
écophysiologiq ue des biva lves, mais avec des
débits plus faibles (3,97 à 4,78 I.h .1). Les huîtres
(0,83 à 1,48 g en poids sec) ont été prélevées en
baie de Bourgneuf en novembre et en avril, ce
qui a nécessité des expériences à la même température que le milieu côtier, soit respectivement
12 et 16 oC, pour obtenir une période d'acclimatation brève (une semai ne). Les cul tures d'A.
tamarense et T. weissflogii ont été effectuées à
16 oC (photopériode : 12/12) en eau de mer naturelle (salinité 37 %0) filtrée sur Millipore 0, 22 ~m
et enrichie en solution ES de Provasoli.
Pour chaque expérience, la même série de cinq
huîtres était exposée successivement au témoin
non toxique et au mélange de toxicité vari able,
chaque huître étant placée individuellement dans
une boîte expérimentale de un litre alimentée
Biooccumul.1t;on
continuellement en eau de mer naturelle décantée
mai s non filtrée (salinité 36 %0). Les effets sur la
nutrition des régimes microalgaux testés sont évalués par les tau x de filtration, la consommation,
l' ingestion et l' absorption (Bardouil et al., 1993).
Les mesures de seston entrant et sortant et la production de biodépôts (fèces et pseudofèces) sont
effectuées par pesée des cellules et des biodépôts
filtrés sur Whatman GF/C à 60 oC (POM + PIM)
puis, après comb ustion à 450 oC (PIM). Les
concentrations cellu laires en entrée et sortie du
système sont, elles, mesurées au compteur de particule Multisizer équipé d' une sonde de 1 00 ~m
d'ouverture.
Comparée aux résultats obtenus avec le témoin
non toxique (qui possède une valeur nutritive théorique plus élevée), l'inclusion de 50 % ou même
la % d'A. tamarense toxique dans le régime bialgal inhibe le taux de filtration de façon similaire
avec ce que produit A. tamarense seul (100 %) .
De même, on constate une inhibition totale de la
production de biodépôts avec A. tamarense
toxique seul , et une réd uction considérable et
significative (test de Wilcoxon) avec les mélanges
50/50 et 90/10 en T. weissflogii/A. tamarense, en
particu lier pour les pseudofèces (fig. 3, p. 184).
Bien qu'il y ait peu de données bibliographiques
sur les effets des dinoflagellés toxiques sur les tau x
d' ingestion, d' absorption et de consommation,
ces expériences ont montré une inhibition totale
de ces trois mécanismes avec A. tamarense
toxique seul et une réduction significative de la
consommation avec le mélange 50/50, mais pas
avec le mélange 90/10.
En fait, aucun de ces trois paramètres n'est affecté de façon significative par rapport au témoin
pour le méla nge 90/10, que ce derni er soit réalisé avec une souche toxique ou non toxique d'A.
tamarense.
Il ressort de cette étude que même une proportion aussi faible que la % d'A. tamarense toxique
peut avoir un effet sur les taux de filtration et la
formation de biodépôts, ce dernier paramètre
semblant un critère physiologique assez sensible
pour la mesure de la réponse physiologique de
C. gigas à un régime toxique. Il est vraisemblable
que des expériences plus longues (pl us de
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