Pollutions diffuses : du bassin versant au littoral
L’aménagement des zones humides
ripariennes pour reconquérir la qualité
des eaux : l’expérience de Kerveldreac’h
Jean Bidois, Patrick Durand, Philippe Mérot
Inra Rennes-Quimper, unité sol et agronomie, 35042 Rennes Cedex
Introduction
L’idée d’utiliser les zones humides bordant les cours d'eau (ripariennes)
pour lutter contre la contamination de ces cours d’eau par les polluants
agricoles d’origine diffuse a fait l’objet de nombreux développements
depuis une quinzaine d’années (Pinay, 1986; Haycock et al., 1993;
Mitsch & Gosselink, 1993).
Un ensemble de travaux convergents réalisés en Bretagne, en particulier par l’UR en sciences du sol de l’Inra de Rennes et par l’URA 1854
du CNRS, tend à montrer que, si les zones humides armoricaines ont
un potentiel épurateur important, vis-à-vis de l'azote en particulier, ce
potentiel ne s'exprime pas totalement dans l'etat actuel. La cause essentielle en est, en dehors de la destruction pure et simple de ces zones par
drainage, un défaut de connexion hydrologique entre les zones humides
et les cleux milieux entre lesquels elles se situent, le versant cultivé
source de pollution et le cours d’eau cible de cette pollution. En schématisant, l’efficacité épuratoire de ces zones est limitée par le flux de
nitrate les traversant effectivement. Cependant, il existe aussi une limite
supérieure au flux de nitrate susceptible d’être « traité » par une zone
humide, liée aux caractéristiques hydrodynamiques de cette zone (conductivité hydraulique, essentiellement), à sa vitesse maximale d’épuration
de l’azote (par dénitrification ou par immobilisation dans la biomasse)
et à la concentration en nitrate de l’eau à traiter, ces données déterminant la charge azotée maximale admissible cle la zone considérée (Peterjohn & Correll, 198 4 ; Charbeaux, 1994 ; Novotny & Olem, 1995).
S'il existe cles données bibliographiques permettant d’évaluer ces paramètres dans le cas de systèmes très artificiels (type lagune), rien ne permet, jusqu’à présent, d’aller au-delà de considérations qualitatives dans
le cas d’aménagements légers préservant l’usage agricole ou paysager
d'une zone humide (Mitsch & Cronk, 1992; Novotny & Olem, 1995;
Wood, 1995). Or, en Bretagne, les surfaces de zones humides situées
en amont dans le bassin versant (c’est-à-dire, en bordure de cours d’eau
d’ordre 1 ou 2) susceptibles de faire l’objet de ce type d’aménagement
sont considérables alors que les sites où un aménagement lourd est
envisageable sont limités à quelques cas particuliers (Coat, 1994). Le
but cle l’expérimentation décrite ici est d'une part de tester, en vraie
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