Evaluation de la pénétration du carbone anthropique en Méditerranée | Résultats et discussions
88
Selon la même étude, sur les 1Pg de C séquestré, 75% proviennent des échanges air-mer et 25%
de l’Atlantique à travers le détroit de Gibraltar. De plus, des tests de sensibilité indiquent que les
alcalinités élevées de la Méditerranée par rapport à celles de l’océan mondial, augmente
l’inventaire du C
ant de 10%.
D’après CDIAC (2010), 23,109 Pg de carbone ont été émis en Méditerranée depuis l’ère
préindustrielle. La Méditerranée séquestre, d’après la méthode des soustractions directes, 1,1 Pg
de carbone, soit 4,76% de la quantité émise par l’activité anthropique des pays du pourtour
méditerranéen.
Afin d’étudier la répartition spatiale de l’inventaire du C
ant séquestré par la mer Méditerranée, dans
un premier temps, un inventaire par grille a été effectué afin de déterminer les zones qui piègent la
plus grande quantité de C
ant . Dans un deuxième temps, une pondération de ces inventaires par
rapport à la profondeur maximale de chaque case est réalisée. Cette pondération a pour but de
s’affronchir des effets de la profondeur dans l’estimation de l’inventaire.
En faisant la corrélation entre la carte bathymétrique et la carte de distribution de l’inventaire par
case, il parait évident que les cases présentant un bas fond océanique séquestrent une quantité plus
importante de carbone anthropique (Fig.33a et b). Exception faite pour la mer Tyrrhénienne qui,
malgré ses profondeurs importantes (jusqu’à 3 500m), ne présente qu’un très faible inventaire. Ceci
peut être la conséquence d’un ralentissement de la formation de l’eau tyrrhénienne profonde
(TDW). Dans ce contexte, Alvarez et al. (2014), en se basant sur les mesures de la campagne
M84/3, n’ont pas détecté de formation récente de ces eaux.
Le canal de Sicile présente lui aussi une anomalie avec un inventaire important malgré sa
profondeur réduite (40Tg C). Ces quantités importantes peuvent être le résultat d’un transport du
C
ant formé dans le bassin occidental vers le bassin oriental. Cette hypothèse est ettayée par la
présence d’une langue à concentration importante qui pénètre dans le bassin oriental en suivant la
circulation cyclonique des eaux de surface de la Méditerranée dans la figure n°33c.
Les bassins Algérien et Ligure sont les régions qui semblent accumuler les plus grandes quantités
de C
ant dans la Méditerranée. Des concentrations relativement importantes sont aussi détectées dans
tout le bassin oriental.
En s’intéréssant maintenant à la carte des inventaires pondérés par la profondeur (Fig.33c), les trois
zones de formations d’eau profonde au nord de la Méditerranée sont nettement visibles avec leurs
capacités de stockage du C
ant : le premier pic est détecté au niveau de la mer Ligure avec une grande
quantité de C
ant séquestré (>15Gg C), deux autres pics sont détéctés au sud des mers Egée et
Adriatique avec une moindre capacité de stockage (presque la moitié du premier puits). Ce constat
confirme la ventillation plus rapide du bassin occidental.
Un autre pic est aussi visible au centre du bassin Ionnien avec une capacité de stockage équivalente
à celle de l’Adriatique sud. Cette quantité de C
ant
peut être le résultat du flux sortant de l’Adriatique
par le canal d’Otranto. Dans une étude des flux du C
ant , calculé par la méthode TrOCA dans cette
région, Krasakopoulou et al. (2009) démontrent que l’Adriatique exporte à travers le canal
Précédent

Estimation de la pénétration du carbone anthropique en méditerranée - 89/161

Suivant